Dieux bons! dieux justes! quelles nouveautés m’offrit l’homonculus Coccoz! Le premier volume qu’il me mit dans la main fut l’Histoire de la Tour de Nesle, avec les amours de Marguerite de Bourgogne et du capitaine Buridan.


– C’est un livre historique, me dit-il en souriant, un livre d’histoire véritable.


– En ce cas, répondis-je, il est très ennuyeux, car les livres d’histoire qui ne mentent pas sont tous fort maussades. J’en écris moi-même de véridiques, et si, pour votre malheur, vous présentiez quelqu’un de ceux-là de porte en porte, vous risqueriez de le garder toute votre vie dans votre serge verte, sans jamais trouver une cuisinière assez mal avisée pour vous l’acheter.


– Certainement, monsieur, me répondit le petit homme, par pure complaisance.


Et, tout en souriant, il m’offrit les Amours d’Héloïse et d’Abélard, mais je lui fis comprendre qu’à mon âge je n’avais que faire d’une histoire d’amour.


Souriant encore, il me proposa la Règle des jeux de société: piquet, bésigue, écarté, whist, dés, dames, échecs.


– Hélas! lui dis-je, si vous voulez me rappeler les règles du bésigue, rendez-moi mon vieil ami Bignan, avec qui je jouais aux cartes, chaque soir, avant que les cinq académies l’eussent conduit solennellement au cimetière, ou bien encore abaissez à la frivolité des jeux humains la grave intelligence d’Hamilcar que vous voyez dormant sur ce coussin, car il est aujourd’hui le seul compagnon de mes soirées.


Le sourire du petit homme devint vague et effaré.


– Voici, me dit-il, un recueil nouveau de divertissements de société, facéties et calembours, avec les moyens de changer une rose rouge en rose blanche.



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