
Je lui dis que j’étais depuis longtemps brouillé avec les roses et que, quant aux facéties, il me suffisait de celles que je me permettais, sans le savoir, dans le cours de mes travaux scientifiques.
L’homonculus m’offrit son dernier livre avec son dernier sourire. Il me dit:
– Voici la Clef des songes, avec l’explication de tous les rêves qu’on peut faire: rêve d’or, rêve de voleur, rêve de mort, rêve qu’on tombe du haut d’une tour… C’est complet!
J’avais saisi les pincettes, et c’est en les agitant avec vivacité que je répondis à mon visiteur commercial:
– Oui, mon ami, mais ces songes et mille autres encore, joyeux et tragiques, se résument en un seul: le songe de la vie; et votre petit livre jaune me donnera-t-il la clef de celui-là?
– Oui, monsieur, me répondit l’homonculus. Le livre est complet et pas cher: un franc vingt-cinq centimes, monsieur.
Je ne poussai pas plus loin mon entretien avec le colporteur. Que mes paroles aient été prononcées telles que je les rapporte, je n’oserais l’affirmer. Peut-être les ai-je quelque peu amplifiées en les mettant par écrit. Il est bien difficile d’observer, même en un journal, la vérité littérale. Mais si ce ne fut mon discours, c’était ma pensée.
J’appelai ma gouvernante, car il n’y a pas de sonnette en mon logis.
– Thérèse, dis-je, M. Coccoz, que je vous prie de reconduire, possède un livre qui peut vous intéresser: c’est la Clef des songes. Je serais heureux de vous l’offrir.
Ma gouvernante me répondit:
– Monsieur, quand on n’a pas le temps de rêver éveillée, on n’a pas davantage le temps de rêver endormie. Dieu merci! mes jours suffisent à ma tâche, et ma tâche suffit à mes jours, et je puis dire chaque soir: «Seigneur, bénissez le repos que je vais prendre!» Je ne songe ni debout ni couchée, et je ne prends pas mon édredon pour un diable, comme cela arriva à ma cousine. Et si vous me permettez de donner mon avis, je dirai que nous avons assez de livres ici. Monsieur en a des mille et des mille qui lui font perdre la tête, et, moi, j’en ai deux qui me suffisent, mon paroissien et ma Cuisinière bourgeoise.
