
Il devenait prolixe. Il parlait de sa propre vie, de la nuit qui avait changé son destin, des mensonges qu’il avait été obligé de croire parce que la réalité était inacceptable. Il devait parler le langage de la jeune fille, un langage qu’elle puisse comprendre.
Chantal, en tout cas, comprenait presque tout. Comme tous les hommes mûrs, il ne pensait qu’au sexe avec un être plus jeune. Comme tout être humain, il pensait que l’argent peut tout acheter. Comme tout étranger, il était sûr que les petites provinciales étaient assez ingénues pour accepter n’importe quelle proposition, réelle ou imaginaire, pourvu que cela signifie ne serait-ce qu’une occasion de partir à plus ou moins longue échéance.
Il n’était pas le premier et, malheureusement, ne serait pas le dernier à essayer de la séduire aussi grossièrement. Ce qui la troublait, c’était la quantité d’or qu’il lui offrait. Elle n’avait jamais pensé valoir autant et cela tout à la fois lui plaisait et lui faisait peur.
— Je suis trop vieille pour croire à des promesses, répondit-elle pour essayer de gagner du temps.
— Mais vous y avez toujours cru et vous continuez à le faire.
— Vous vous trompez. Je sais que je vis au paradis, j’ai déjà lu la Bible et je ne vais pas commettre la même erreur qu’Ève, qui ne s’est pas contentée de ce qu’elle avait.
Bien sûr que ce n’était pas vrai. Maintenant elle commençait à être préoccupée : et si l’étranger se désintéressait d’elle et s’en allait ? A vrai dire, elle avait elle-même tissé la toile et provoqué leur rencontre dans la forêt. Elle s’était placée à l’endroit stratégique par où il passerait à son retour, de façon à avoir quelqu’un avec qui bavarder, peut-être encore une promesse à entendre, quelques jours à rêver d’un possible nouvel amour et d’un voyage sans retour très loin de sa vallée natale. Son cœur avait déjà été blessé plusieurs fois, mais malgré tout elle continuait de croire qu’elle rencontrerait l’homme de sa vie. Au début, elle avait voulu le choisir, mais maintenant elle sentait que le temps passait très vite et elle était prête à quitter Bescos avec le premier homme qui serait disposé à l’emmener, même si elle n’éprouvait rien pour lui. Certainement elle apprendrait à l’aimer – l’amour aussi était une question de temps.
