L’homme interrompit ses pensées :

— C’est exactement cela que je veux savoir. Si nous vivons au paradis ou en enfer.

Très bien, il tombait dans le piège.

— Au paradis. Mais celui qui vit trop longtemps dans un endroit parfait finit par s’ennuyer.

Elle avait lancé le premier appât. En d’autres termes, elle avait dit : « Je suis libre, je suis disponible. » Lui, sa prochaine question serait : « Comme vous ? »

— Comme vous ? demanda l’étranger.

Elle devait être prudente – qui a grand-soif ne court pas à la fontaine. Sinon, il pourrait s’effaroucher.

— Je ne sais pas. Tantôt je pense que oui, tantôt je me dis que mon destin est ici et que je ne saurais vivre loin de Bescos.

Deuxième étape : feindre l’indifférence.

— Bon, puisque vous ne me racontez rien sur l’or que vous m’avez montré, merci pour la promenade. Je retourne à ma rivière et à mon livre.

— Attendez !

L’homme avait mordu à l’appât.

— Bien sûr que je vais vous expliquer pourquoi cet or se trouve là. Sinon, pourquoi vous aurais-je amenée jusqu’ici ?

Sexe, argent, pouvoir, promesses… Mais Chantal arbora la mine de quelqu’un qui attend une surprenante révélation. Les hommes éprouvent un étrange plaisir à se sentir supérieurs, ils ignorent que la plupart du temps ils se comportent de façon totalement prévisible.

— Vous devez avoir une grande expérience de la vie, vous pouvez m’apprendre beaucoup.

Parfait. Relâcher un peu la tension, faire un petit compliment pour ne pas effrayer la proie, c’est une règle importante.

— Néanmoins, vous avez la très mauvaise habitude, au lieu de répondre à une simple question, de faire de longs sermons sur les promesses ou la façon d’agir dans la vie. Je resterai avec grand plaisir si vous répondez aux questions que je vous ai déjà posées : Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous faites ici ?



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