
« Ce sera facile de m’enterrer, je mourrai à l’entrée du cimetière. »
Chantal délira toute la nuit, mais elle sentit que la fièvre baissait à mesure que les premières lueurs du jour entraient dans sa chambre. Quand ses forces furent revenues, elle put enfin dormir un long moment d’un sommeil calme. Un coup de klaxon familier la réveilla : c’était le boulanger ambulant qui venait d’arriver à Bescos, à l’heure du petit déjeuner.
Elle se dit qu’elle n’avait pas besoin de sortir pour acheter du pain, elle était indépendante, elle pouvait faire la grasse matinée, elle ne travaillait que le soir. Mais quelque chose en elle avait changé : elle avait besoin d’être en contact avec le monde si elle ne voulait pas sombrer dans la folie. Elle avait envie de rencontrer les gens qui se rassemblaient autour de la fourgonnette verte, heureux d’aborder cette nouvelle journée en sachant qu’ils auraient de quoi manger et de quoi s’occuper.
Elle les rejoignit, les salua, entendit quelques remarques du genre : « Tu as l’air fatiguée » ou « Quelque chose ne va pas ? » Tous aimables, solidaires, prêts à donner un coup de main, innocents et simples dans leur générosité, tandis qu’elle, l’âme engagée dans un combat sans trêve, se débattait dans ses rêves de richesse, d’aventures et de pouvoir, en proie à la peur. Certes, elle aurait bien voulu partager son secret, mais même si elle ne le confiait qu’à une seule personne, tout le village le connaîtrait avant la fin de la matinée – il valait donc mieux se contenter de remercier ceux qui se souciaient de sa santé et attendre que ses idées se clarifient un peu.
