
— « Personne ne peut ajouter un iota à ce qui est écrit », dit la vieille, citant un texte évangélique. Mais nous aimons vivre avec cette illusion, c’est une façon de nous rassurer.
« En fin de compte, c’est un choix de vie comme un autre, bien qu’il soit stupide de croire que l’on peut contrôler le monde, se réfugiant dans une sécurité illusoire qui empêche de se préparer aux vicissitudes de la vie. Au moment où l’on s’y attend le moins, un tremblement de terre fait surgir des montagnes, la foudre tue un arbre qui allait reverdir au printemps, un accident de chasse met fin à la vie d’un homme honnête.
Et, pour la centième fois, Berta raconta comment son mari était mort. Il était l’un des guides les plus respectés de la région, un homme qui voyait dans la chasse, non pas un sport sauvage, mais un art de respecter la tradition du lieu. Grâce à lui, Bescos avait créé un parc animalier, la mairie avait mis en vigueur des arrêtés destinés à protéger des espèces en voie d’extinction, la chasse au gibier commun était réglementée, pour toute pièce abattue il fallait payer une taxe dont le montant allait aux œuvres de bienfaisance de la communauté.
Le mari de Berta essayait d’inculquer aux autres chasseurs que la cynégétique était en quelque sorte un art de vivre. Quand un homme aisé mais peu expérimenté faisait appel à ses services, il le conduisait dans un lieu désert. Il posait une boîte vide sur une pierre, allait se mettre à cinquante mètres de distance et une seule balle suffisait pour faire voler la boîte.
— Je suis le meilleur tireur de la région, disait-il. Maintenant vous allez apprendre une façon d’être aussi habile que moi.
Il remettait la boîte en place, revenait se poster à cinquante mètres. Alors il prenait une écharpe et demandait à l’autre de lui bander les yeux. Aussitôt fait, il portait son fusil à l’épaule et tirait.
— Je l’ai touchée ? demandait-il en enlevant le bandeau.
