Normalement, le loup aurait dû fuir, mais comme il était avec ses louveteaux, il avait contre-attaqué et mordu le forgeron à la jambe. Celui-ci, doté d’une force peu commune vu sa profession, avait réussi à frapper l’animal avec une telle violence qu’il l’avait obligé à reculer, puis à disparaître à jamais dans les fourrés avec ses petits : tout ce qu’on savait de lui, c’était qu’il avait une tache blanche à l’oreille gauche.

— Pourquoi est-il maudit ?

— Les animaux, même les plus féroces, n’attaquent en général jamais, sauf dans des circonstances exceptionnelles, comme dans ce cas, quand ils doivent protéger leurs petits.

Cependant, si par hasard ils attaquent et goûtent du sang humain, ils deviennent dangereux, ils veulent y tâter de nouveau, et cessent d’être des animaux sauvages pour se changer en assassins. À Bescos, tout le monde pense que ce loup, un jour, attaquera encore.

« C’est mon histoire », se dit l’étranger.

Chantal allongeait le pas, elle était jeune, bien entraînée, et elle voulait voir cet homme s’essouffler, et ainsi avoir un avantage psychologique sur lui, voire l’humilier. Mais, même soufflant un peu, il restait à sa hauteur et il ne lui demanda pas de ralentir.

Ils arrivèrent à une petite hutte bien camouflée qui servait d’affût pour les chasseurs. Ils s’assirent en se frottant les mains pour les réchauffer.

— Que voulez-vous ? dit-elle. Pourquoi m’avez-vous passé ce billet ?

— Je vais vous proposer une énigme : de tous les jours de notre vie, quel est celui qui n’arrive jamais ?

Chantal ne sut que répondre.

— Le lendemain, dit l’étranger. Selon toute apparence, vous ne croyez pas que le lendemain va arriver et vous différez ce que je vous ai demandé. Nous arrivons à la fin de la semaine. Si vous ne dites rien, moi je le ferai.

Chantal quitta la hutte, s’éloigna un peu, ouvrit son sac de toile et en sortit le fusil. L’étranger fit comme s’il ne voyait rien.



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