
« Toute ma compassion s’est évanouie et aujourd’hui mon cœur est sec : vivre ou mourir, aucune importance. Mais avant, au nom de ma femme et de mes filles, il me faut comprendre ce qui s’est passé dans ce repaire de terroristes. Je comprends qu’on puisse tuer par haine ou par amour, mais sans la moindre raison, simplement pour une basse question d’idéologie, comment est-ce possible ?
« Il se peut que toute cette histoire vous paraisse simpliste – en fin de compte, tous les jours des gens s’entre-tuent pour de l’argent –, mais ce n’est pas mon problème : je ne pense qu’à ma femme et à mes filles. Je veux savoir ce qui s’est passé dans la tête de ces terroristes. Je veux savoir si, un seul instant, ils auraient pu avoir pitié d’elles et les laisser partir, du moment que leur guerre ne concernait pas ma famille. Je veux savoir s’il existe une fraction de seconde, quand le Bien et le Mal s’affrontent, où le Bien peut l’emporter.
— Pourquoi Bescos ? Pourquoi mon village ?
— Pourquoi les armes de mon usine, alors qu’il y en a tant d’autres dans le monde, certaines sans aucun contrôle gouvernemental ? La réponse est simple : par hasard. J’avais besoin d’une petite localité, où tous se connaissent et s’entendent bien. Au moment où ils sauront quelle est la récompense, Bien et Mal se heurteront de nouveau et ce qui s’est passé se répétera dans votre village.
« Les terroristes étaient déjà encerclés, ils n’avaient aucune chance de s’en sortir. Cependant ils ont tué des innocentes pour accomplir un rituel inutile et aberrant. Votre village m’offre une chose que je n’avais pas eue : la possibilité d’un choix. Ses habitants sont en proie à la soif de l’argent, il leur est permis de croire qu’ils ont pour mission de protéger et de sauver Bescos – et en tout cas, de surcroît, ils ont la capacité de décider s’ils vont exécuter l’otage. Une seule chose m’intéresse : je veux savoir si d’autres individus pourraient agir d’une façon différente de celle de ces pauvres desperados sanguinaires.
