
« Il vaudrait mieux que cette petite dise tout de suite où elle veut en venir », songea la patronne de l’hôtel. Et, comme si elle l’avait entendue, Chantal enchaîna :
— Il y a quatre jours, il m’a montré dix lingots d’or. De quoi garantir le futur de tous les habitants de Bescos pour les trente années à venir, exécuter d’importantes rénovations dans le village, aménager une aire de jeux pour les enfants, dans l’espoir de les voir de nouveau égayer notre village. Ensuite, il les a cachés dans la forêt, je ne sais pas où.
Tous les regards des clients convergèrent de nouveau vers l’étranger qui, d’un signe de tête, confirma le récit de Chantal. Elle poursuivit :
— Cet or appartiendra à Bescos si, dans les trois jours qui viennent, quelqu’un d’ici est assassiné. Si personne ne meurt, l’étranger partira en remportant son trésor.
« Voilà, j’ai dit tout ce que j’avais à dire, j’ai remis la potence sur la place. Mais cette fois elle n’est pas là pour éviter un crime, elle attend maintenant qu’on y pende un innocent et le sacrifice de cet innocent assurera la prospérité de Bescos.
À l’appel muet des clients, l’étranger répondit par un nouveau signe de tête approbateur.
— Cette jeune femme sait raconter une histoire, dit-il en remettant le magnétophone dans sa poche après l’avoir éteint.
Chantal se remit à son travail, elle devait maintenant terminer son service. Le temps semblait s’être arrêté à Bescos, personne ne parlait, le silence était à peine troublé par le tintement des verres, le clapotis de l’eau qui coulait dans l’évier, le bruissement lointain du vent.
Soudain, le maire s’écria :
