
— Où voulez-vous en venir ? dit-il d’une voix un peu tremblante mais contrôlée.
— À un pari plus juste. Si, d’ici trois jours, personne n’est assassiné, vous remettrez au village les dix lingots. En récompense de l’intégrité de ses habitants.
L’étranger sourit.
— Et je recevrai mon lingot, pour prix de ma participation à ce jeu sordide.
— Je ne suis pas stupide. Si j’acceptais cette proposition, la première chose que vous feriez serait d’aller le raconter à tout le monde.
— C’est un risque. Mais je ne le ferai pas : je le jure sur la tête de ma grand-mère et sur mon salut éternel.
— Cela ne suffit pas. Personne ne sait si Dieu entend les serments ni s’il existe un salut éternel.
— Vous saurez que je ne l’ai pas fait, car j’ai planté une nouvelle potence au milieu du village. Il sera facile de déceler la moindre tricherie. En outre, même si demain à la première heure je sors pour répandre dans le village ce que nous venons de dire, personne ne me croira. Ce serait comme si quelqu’un débarquait à Bescos avec ce trésor en disant : « Regardez, cet or est à vous, que vous fassiez ou non ce que veut l’étranger. » Ces hommes et ces femmes sont habitués à travailler dur, à gagner à la sueur de leur front le moindre centime, et ils n’admettraient jamais qu’un pactole leur tombe du ciel.
L’étranger alluma une cigarette, but le reste de son verre, puis se leva de sa chaise. Chantal attendait la réponse, debout sur le seuil de la porte ouverte, frissonnant de froid.
— N’essayez pas de me berner, dit-il. Je suis un homme habitué à me mesurer aux êtres humains, tout comme votre Ahab.
