
« Un coup de tonnerre n’est qu’un phénomène naturel. Si Dieu avait voulu parler aux hommes, Il ne l’aurait pas fait par des voies aussi indirectes. »
À peine cette pensée eut-elle effleuré son esprit que le craquement d’un éclair retentit, cette fois-ci tout près. Berta se leva, prit sa chaise et rentra chez elle avant que la pluie ne tombe. Mais, tout à coup, son cœur était oppressé par une peur qu’elle n’arrivait pas à comprendre.
Que faire ?
« Que l’étranger parte tout de suite », souhaita-t-elle. Elle était trop vieille pour pouvoir s’aider elle-même, pour aider son village, ou encore – surtout – le Seigneur tout-puissant, qui aurait choisi quelqu’un de plus jeune s’il avait eu besoin d’un soutien. Tout cela n’était qu’un délire. Faute d’occupation, son mari essayait d’inventer des choses pour l’aider à passer le temps.
Mais d’avoir vu le démon, ah ! de cela elle n’avait pas le moindre doute. En chair et en os, habillé comme un pèlerin.
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L'hôtel était à la fois un magasin de produits régionaux, un restaurant qui proposait une cuisine typique et un bar où les habitants de Bescos se réunissaient pour ressasser les mêmes choses – comme le temps qu’il fait ou le manque d’intérêt des jeunes pour le village. « Neuf mois d’hiver et trois mois d’enfer », disaient-ils, forcés qu’ils étaient de faire en quatre-vingt-dix jours seulement tout le travail des champs : labourer, semer, attendre, récolter, engranger le foin, engraisser, tondre la laine. Tous ceux qui vivaient là connaissaient leur acharnement à vivre dans un monde révolu. Cependant, il n’était pas facile d’accepter l’évidence : ils faisaient partie de la dernière génération d’agriculteurs et de pasteurs qui peuplaient ces montagnes depuis des siècles. Bientôt, les machines arriveraient, le bétail serait élevé ailleurs, avec des aliments spéciaux, le village serait peut-être vendu à une grande entreprise ayant son siège à l’étranger, qui le transformerait en station de ski.
