
Soudain, elle se rendit compte que le seul fait de savoir que le mal venait d’arriver à Bescos ne changeait en rien le cours de la vie. Des démons surviennent et repartent à tout moment, sans que les choses soient nécessairement perturbées par leur présence. Ils rôdent en permanence à travers le monde, parfois simplement pour savoir ce qui se passe, d’autres fois pour tâter telle ou telle âme, mais ils sont inconstants et changent de cible sans aucune logique, guidés généralement par le seul plaisir d’un combat qui en vaille la peine. Berta trouvait que Bescos ne présentait rien d’intéressant ou de particulier pour attirer plus d’une journée l’attention de qui que ce soit – encore moins celle d’un être aussi important et occupé qu’un messager des ténèbres.
Elle essaya de penser à autre chose, mais l’image de l’étranger ne lui sortait pas de la tête. Le ciel, si bleu tout à l’heure, se chargeait de nuages.
« C’est normal, c’est toujours comme ça à cette époque de l’année, pensa-t-elle. Aucun rapport avec l’arrivée de l’étranger, juste une coïncidence. »
C’est alors qu’elle entendit le roulement lointain d’un coup de tonnerre, suivi de trois autres. C’était signe de pluie, bien sûr, mais peut-être que ce fracas, si elle se fiait aux anciennes traditions du village, transposait la voix d’un Dieu courroucé se plaignant des hommes devenus indifférents à Sa présence.
« Peut-être que je dois faire quelque chose. Finalement, ce que j’attendais vient d’arriver. »
Pendant quelques minutes elle se concentra sur tout ce qui se passait autour d’elle. Les nuages continuaient de s’amonceler au-dessus du village, mais on n’entendait plus aucun bruit. Elle ne croyait pas aux traditions et superstitions, surtout pas celles de Bescos, qui s’enracinaient dans l’antique civilisation celte qui avait jadis régné ici.
