— Sturmbannführer Kaempffer ! lança-t-il au caporal, qui pénétra dans le bureau pour en ressortir immédiatement.

— L’Oberführer Hossbach va vous recevoir, Herr Major.

Kaempffer passa devant le caporal et entra dans la pièce, où il trouva Hossbach assis au bord de son bureau.

— Ah, Erich ! Bonjour ! dit Hossbach avec une bonne humeur qui lui était inhabituelle. Du café ?

— Non, merci, Wilhelm.

Il en avait eu très envie jusqu’à cet instant mais le sourire de Hossbach l’avait mis sur ses gardes ; et, maintenant, son estomac vide se nouait.

— Comme vous voudrez. Enlevez tout de même votre manteau, mettez-vous à l’aise.

C’était le mois d’avril mais il faisait encore froid à Varsovie. Kaempffer se débarrassa lentement de son pardessus d’officier SS ainsi que de sa casquette, qu’il accrocha soigneusement au portemanteau, obligeant ainsi Hossbach à l’observer et, peut-être, à constater leurs différences physiques. Corpulent, la cinquantaine, Hossbach perdait ses cheveux. Kaempffer avait dix ans de moins, un corps musclé et une chevelure d’un blond juvénile. Et surtout, il avait le vent en poupe.

— A propos, félicitations pour votre promotion et votre nouvelle affectation. La position de Ploiesti est capitale.

— Oui, fit Kaempffer d’un ton neutre. J’espère me montrer digne de la confiance de Berlin.

— J’en suis persuadé.

Kaempffer savait que les vœux de Hossbach étaient aussi creux que les promesses faites aux Juifs polonais. Comme tout officier SS, Hossbach aurait voulu Ploiesti pour lui tout seul. Les possibilités d’avancement et l’intérêt personnel qu’il y avait à commander le principal camp de Roumanie étaient énormes. Et il était impossible de croire à la sincérité de vœux au sein de cette monstrueuse bureaucratie créée par Heinrich Himmler, où il fallait toujours avoir un œil tourné vers la nuque vulnérable de celui qui vous précédait et l’autre vers l’individu qui marchait derrière vous.



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