
Kaempffer profita du silence pesant pour détailler les murs et réprima un sourire amusé lorsqu’il remarqua les carrés et les rectangles de couleur plus vive laissés par les nombreux brevets et citations du précédent occupant. Hossbach n’avait pas fait repeindre la pièce. C’était typique d’un homme qui voulait faire croire qu’il était bien trop occupé par les problèmes des SS pour s’intéresser à des broutilles telles que la peinture d’un mur. Kaempffer, quant à lui, n’avait pas besoin d’afficher aussi grossièrement sa dévotion à la SS. Il consacrait chaque heure de veille à l’amélioration de sa position dans cette organisation.
Il fit semblant d’étudier la grande carte de Pologne, hérissée d’épingles de couleurs représentant les concentrations d’indésirables. Le bureau de Hossbach à la RSHA avait connu une année difficile ; c’est par son intermédiaire que la population juive de Pologne avait été dirigée vers le « centre de réinstallation » proche du nœud ferroviaire d’Auschwitz. Kaempffer imagina son futur bureau de Ploiesti : sur le mur s’étalerait une carte de Roumanie, où il planterait ses propres épingles. Ploiesti… l’attitude amicale de Hossbach ne présageait rien de bon. Quelque chose ne tournait pas rond et Hossbach allait profiter des derniers jours où il était encore le supérieur de Kaempffer pour le confronter à ce problème.
— Est-ce que je peux vous être utile à quelque chose ? demanda finalement Kaempffer.
— Pas à moi, mais au Commandement Suprême. Il y a un petit problème en ce moment en Roumanie. Rien d’important, vraiment.
— Ah ?
— Oui. Un petit détachement stationné dans les Alpes au nord de Ploiesti a subi quelques pertes – certainement de la part des partisans locaux – et l’officier désirerait abandonner sa position.
