Ils… Woermann prit conscience qu’il ne se comptait plus parmi eux depuis quelque temps. Les combats l’avaient oublié près de la ville de Poznan, là-bas, en Pologne… les SS étaient arrivés et il avait vu de ses propres yeux la façon dont ils traitaient les « indésirables » traînant dans le sillage de la Wehrmacht. Il avait protesté. En conséquence, il n’avait plus assisté à aucun combat. Et depuis, il n’éprouvait plus aucune fierté à appartenir au nombre des conquérants du monde.

Il s’éloigna de la fenêtre pour revenir au bureau. Il ne s’intéressa pas aux photographies encadrées de sa femme et de ses deux fils mais relut le message décodé.


Le SS-Sturmbannführer Kaempffer arrive aujourd’hui avec détachement d’einsatzkommandos. Conservez position actuelle.


Pourquoi donc un major SS ? C’était une position régulière de l’armée. Les SS n’avaient rien à voir avec le donjon ou la Roumanie. Mais il y avait tant de choses qu’il ne comprenait pas dans cette guerre… Et surtout Kaempffer ! Un soldat pourri, même si c’était un SS exemplaire. Pourquoi ici ? Et pourquoi des einsatzkommandos, ces unités d’extermination à tête de mort ? Ces gros bras des camps de concentration, spécialisés dans le massacre des civils désarmés, il avait pu contempler leur œuvre devant Poznan. Que venaient-ils donc faire ici ?

Des civils désarmés… il se répéta plusieurs fois ces mots, et un petit sourire commença de plisser les coins de sa bouche.

Qu’ils viennent donc, ces SS. Woermann était désormais convaincu qu’un « civil désarmé » était à l’origine de toutes les morts survenues dans le donjon. Mais ce n’était pas du tout le genre de malheureux auquel les SS étaient habitués. Oui, qu’ils viennent. Qu’ils goûtent enfin à la terreur qu’ils prennent tant de plaisir à répandre. Qu’ils apprennent à croire à l’incroyable.



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