
« Plus loin, répondit ser Jorah. Au bas de la montagne. »
Par-delà la porte se discernaient, de part et d’autre, héros dérobés, dieux ravis. Les divinités oubliées de cités défuntes brandissaient vers le ciel leurs foudres mutilées. Du haut de leur trône, des rois de pierre aux traits tavelés, rongés, que la nuit des temps condamnait à l’anonymat regardaient passer la khaleesi sur son argenté. Aux linteaux de marbre dansaient toujours de gracieuses vierges, mais les urnes des choéphores ne déversaient plus que le vent. De-ci de-là se dressaient des monstres, à même l’herbe : noirs dragons de fer à l’orbite sertie de joyaux, griffons rugissants, mantricores tous dards dehors, et cent autres fauves innommables. De certaines statues émanait un charme inouï, d’autres se signalaient par une si terrifiante hideur qu’à peine le regard osait-il s’y poser. Selon ser Jorah, les secondes devaient provenir des Contrées de l’Ombre, au-delà d’Asshai.
« Tant de monuments, s’émerveilla Daenerys, tandis que sa pouliche ondoyait au pas, et de tant de pays… » Son frère se voulait moins impressionné. « Babioles de cités mortes », ricana-t-il. Bien qu’il exprimât prudemment ses mépris dans l’idiome des Sept Couronnes, incompréhensible à la plupart des Dothrakis, Daenerys se surprit à décocher un coup d’œil furtif vers les gens de son khas, derrière, afin de s’assurer que nul n’ait entendu. Il reprit, goguenard : « Le seul art dans lequel ces sauvages excellent est celui de dépouiller les peuples plus civilisés… et de tuer. » Il se mit à rire. « Ça, pour tuer, ils savent s’y prendre. Et c’est le seul intérêt qu’ils aient à mes yeux.
— Ils sont mon peuple, désormais, protesta-t-elle. Tu ne devrais pas les qualifier de sauvages, frère.
