
— Le dragon parle comme il veut », répliqua-t-il, toujours dans la même langue. Puis, lorgnant par-dessus l’épaule Aggo et Rakharo qui les talonnaient, il leur adressa un sourire narquois. « Tu vois ? des sauvages ! même pas capables de comprendre le langage des êtres civilisés. » Sur le bas-côté, il avisa d’un air maussade un monolithe rouillé de lichens et haut de cinquante pieds. « Nous faudra-t-il encore longtemps bringuebaler parmi ces ruines avant que Drogo me donne mon armée ? Je commence à en avoir assez d’attendre !
— Il doit d’abord présenter la princesse au dosh khaleen et…
— Leur rond de commères, je sais ! coupa Viserys, puis la pitrerie des prophéties sur le marmot, vous m’avez dit ça. Mais qu’en ai-je à fiche, moi ? Moi, j’en ai marre de bouffer du cheval, et la puanteur de ces sauvages me lève le cœur ! » Il renifla la large manche flottante de sa tunique où il avait imaginé de dissimuler un sachet de senteur. Piètre subterfuge, en l’occurrence, vu la crasse de son vêtement… Toutes les soieries, tous les gros lainages qu’il traînait sur lui depuis Pentos, le rude voyage les avait souillés, la sueur pourris.
« Le marché de l’Ouest fournira des mets plus au gré de Votre Majesté, dit ser Jorah d’un ton conciliant. Les négociants des cités libres y viennent vendre leurs produits. Quant au khal, il vous tiendra parole à son heure.
— Il y a tout intérêt, maugréa Viserys. La couronne qui m’est promise, j’entends l’obtenir. On ne moque pas le dragon. » Apercevant une espèce de figure féminine obscène équipée de six mamelles et d’une tête de furet, il s’écarta de la chaussée pour aller l’examiner de plus près.
Malgré le soulagement que lui procura cette absence momentanée, Daenerys n’en demeurait pas moins anxieuse. « Les dieux veuillent, reprit-elle dès qu’il se fut suffisamment éloigné, que le soleil étoilé de ma vie ne le fasse pas trop languir. Je ne cesse de les en prier. »
