
Une moue sceptique lui répliqua. « Votre frère eût été mieux inspiré de rester à Pentos pour ronger son frein. Il n’a pas sa place au khalasar. Illyrio l’en avait bien prévenu, pourtant…
— Il repartira dès l’instant où il tiendra ses dix mille hommes. Mon seigneur et maître lui a promis une couronne d’or. »
Ser Jorah fit entendre un grognement. « Certes, Khaleesi…, mais les Dothrakis conçoivent ce genre de choses tout autrement que nous autres, gens de l’ouest. Je m’échine à l’en avertir, tout comme l’a fait Illyrio, mais il refuse d’écouter. Les seigneurs du cheval sont tout sauf des commerçants. Du moment qu’il vous a vendue, Viserys croit pouvoir exiger d’ores et déjà qu’on lui paie le prix convenu. Or Khal Drogo, lui, vous considère comme un cadeau. Il ne manquera pas de répliquer par un cadeau, sûr et certain…, mais, je le répète, à son heure. D’un khal, nul ne saurait exiger de cadeau. Rien ne se réclame à un khal.
— Il n’est pas juste de le lanterner. » Elle prenait, sans savoir pourquoi, le parti de son frère. « Il se fait fort de balayer les Sept Couronnes avec dix mille “gueulards” dothrak. »
Un reniflement de dédain salua l’assertion. « Eût-il dix mille balais de bruyère qu’il ne balaierait pas même une étable. »
Daenerys ne se soucia pas d’affecter la surprise. « Cependant, dit-elle, que se passerait-il si un autre que lui les menait ? quelqu’un de… – de plus énergique ? Les Dothrakis seraient-ils alors vraiment capables de reconquérir le royaume ? »
Tandis que leurs chevaux remontaient côte à côte l’avenue aux déités, la réflexion fronça les traits de ser Jorah. « Dans les premiers temps de mon exil, je ne voyais en eux que des barbares à demi nus, aussi frustes que leurs montures. Vous m’auriez posé la même question à cette époque-là, princesse, je vous aurais dit qu’un millier de bons chevaliers suffiraient à en mettre en fuite cent mille.
