
— Votre frère voit en partie juste, admit ser Jorah. Les Dothrakis ne construisent pas. Leur habitat, voilà quelque mille ans, se réduisait à un trou creusé dans la terre et recouvert d’herbe nattée. Les bâtiments que vous voyez furent édifiés par des esclaves qui, ramenés de razzias lointaines, ont tous procédé selon les usages de leurs nations respectives. »
La plupart des halles – principales incluses – offraient un aspect désert. « Mais où sont donc les habitants ? » demanda Daenerys. Une fois dépassé le bazar, bondé de jeux, de cris, de courses, de remue-ménage, elle avait seulement aperçu, de loin en loin, quelque eunuque vaquant à ses affaires.
« Seules résident en permanence dans la cité sacrée, avec leurs esclaves et leurs serviteurs, les reines douairières du dosh khaleen, expliqua Mormont. Vaes Dothrak est toutefois suffisamment vaste pour héberger chacun des membres de chaque khalasar, dussent tous les khals regagner un jour simultanément le sein de la Mère, ainsi que l’ont dès longtemps prophétisé les veuves royales. Tout y est conçu dans la perspective de cette prodigieuse réunion. »
Khal Drogo fit enfin halte, non loin du marché de l’Est où aboutissaient les caravanes marchandes en provenance de Yi Ti, d’Asshai et des Contrées de l’Ombre, au pied même de l’impressionnante Mère des Montagnes, et Daenerys ne put réprimer un sourire en se rappelant les caquets de la petite favorite de maître Illyrio. Le fameux « palais » aux deux cents pièces et aux portes d’argent massif ? une salle des fêtes caverneuse en bois. Grossièrement équarris, ses murs avaient tout au plus quarante pieds de haut. Un vélum de soie palpitant leur tenait lieu de toiture, et de toiture mobile puisqu’on pouvait aussi bien l’abaisser si, chose rare, survenait la pluie que le relever pour accueillir l’azur indéfini. Tout autour se voyaient, clôturées de haies, de grasses pâtures pour les chevaux, ainsi que des centaines de monticules bien ronds tout tapissés d’herbe : des maisons de terre.
