Daenerys se félicitait que Drogo ne sacrifiât point à ces usages archaïques. Le partage ne la tentait pas. Au surplus, si le vieux Cohollo la traitait plutôt gentiment, les deux autres la terrifiaient. Haggo par sa masse taciturne et sa manière menaçante de la dévisager comme une inconnue. Qhoto par ses yeux féroces et la prestesse de ses mains sadiques : pour peu qu’il la touchât, la douce peau blanche de Doreah se talait de bleus, et sa brutalité faisait parfois, la nuit, sangloter Irri. Ses chevaux eux-mêmes semblaient le craindre.

Tous trois n’en étant pas moins liés à son seigneur et maître à la vie à la mort, Daenerys devait vaille que vaille s’accommoder d’eux. Il lui arrivait même, d’ailleurs, de déplorer que son père n’eût pas disposé d’hommes de cette trempe. Car les chansons avaient beau vanter sans relâche les blancs chevaliers de la Garde comme des parangons de noblesse, de bravoure et de loyauté, le roi Aerys était bel et bien tombé sous les coups d’un des leurs, le jouvenceau superbe désormais flétri par le surnom de « Régicide », et un autre, ser Barristan le Hardi, n’avait pas craint de rallier l’Usurpateur… Et elle en venait à se demander si la félonie ne corrompait pas tous les cœurs, dans les Sept Couronnes, et à se promettre, en tout cas, de doter son fils, dès qu’il remonterait sur le Trône de Fer, de sang-coureurs qui le protégeraient contre la trahison de ses propres gardes.

« Khaleesi, disait cependant Cohollo dans sa propre langue, le sang de mon sang m’ordonne de vous avertir qu’il doit se rendre, cette nuit, au sommet de la Mère des Montagnes afin de rendre grâces aux dieux de son heureux retour par un sacrifice. »



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