
Seuls les mâles, elle le savait, pouvaient se permettre de fouler le sol de la Mère. Escorté de ses sang-coureurs, le khal reviendrait à l’aube. « Assurez le soleil étoilé de mes jours, répondit-elle d’un air gracieux, que mes rêves l’accompagnent dans l’impatience des retrouvailles. » A dire vrai, la perspective d’une vraie nuit de repos la ravissait. Car si sa grossesse la fatiguait de plus en plus, le désir de Drogo n’en paraissait que plus insatiable, et leurs dernières étreintes l’avaient éreintée.
Doreah la mena vers le tertre creux qu’on avait préparé pour elle et son khal. Sous ce dais de terre régnait une obscure fraîcheur. « Un bain, s’il te plaît, Jhiqui », commanda-t-elle aussitôt, tant il lui tardait d’éliminer la poussière de la longue route et de délasser ses membres engourdis. Puis quel bonheur que de se dire : nous allons séjourner ici quelque temps, demain je ne serai pas forcée de remonter en selle… !
L’eau était bouillante, comme elle l’aimait. « Je donnerai dès ce soir ses cadeaux à mon frère, décida-t-elle, tandis que Jhiqui lui lavait les cheveux. Il faut qu’il ait l’allure d’un roi dans la cité sacrée. Cours à sa recherche, Doreah, et invite-le à dîner en ma compagnie. » Etait-ce en souvenir des ébats permis à Pentos par maître Illyrio ? Viserys se montrait moins maussade avec la jeune Lysienne qu’avec les deux servantes dothrak. « Quant à toi, Irri, va vite au bazar acheter de la viande – mais tout sauf du cheval – et des fruits.
— Cheval meilleur, objecta Irri, cheval fait mâles vigoureux.
— Il déteste ça.
— Comme voudra Khaleesi. »
Et, de fait, elle lui rapporta bientôt un cuissot de chèvre et une corbeille de légumes, de melons, de pommes-granates, de prunes et de fruits orientaux bizarres aux noms inconnus. Puis,
