
«#nbsp#Comment s’appelle ce village, petit#nbsp#?#nbsp#» demanda Maurice qui observait la localité plus bas, assis sur un rocher.
Derrière eux, les rats recomptaient l’argent et le mettaient en piles près du sac qui l’avait contenu. Ils recommençaient tous les jours. Maurice n’avait pourtant pas de poches, mais quelque chose en lui poussait tout le monde à vérifier sa monnaie le plus souvent possible.
«#nbsp#Ça s’appelle Bad Igoince, répondit le gamin après avoir consulté le guide touristique.
#longdash##nbsp#Hum… est-ce qu’on doit vraiment y aller#nbsp#? Ce nom-là ne m’inspire pas confiance, fit Pêches en levant les yeux de ses comptes.
#longdash##nbsp#Hah, ça n’est pas si terrible, lança Maurice. «#nbsp#Bad#nbsp#», c’est un mot étranger qui veut dire «#nbsp#bain#nbsp#», tu vois#nbsp#?
#longdash##nbsp#Donc c’est comme Bain-Igoince#nbsp#? fit Langues-de-Chat.
#longdash##nbsp#Nan, nan, plutôt Igoince-les-Bains parce que… (le fabuleux Maurice hésita, mais l’espace d’un instant seulement) parce qu’ils ont un bain, tu vois#nbsp#? Très arriéré, par ici. Pas beaucoup de bains dans le coin. Mais les habitants en ont un et ils en sont fiers, alors ils veulent que tout le monde le sache. Faut sans doute acheter un billet d’entrée rien que pour y jeter un coup d’œil.
#longdash##nbsp#C’est vrai, ça, Maurice#nbsp#?#nbsp#» demanda Pistou. Il posa la question poliment, mais il était clair qu’il pensait en réalité#nbsp#: «#nbsp#Je ne crois pas que ce soit vrai, Maurice.#nbsp#»
Ah, oui… Pistou. Pistou n’était pas facile. Alors qu’il n’y avait pas de quoi. Dans le temps, se disait Maurice, il n’aurait même pas avalé un rat si petit, si pâle et d’aspect si maladif. Il baissa les yeux sur le petit rongeur albinos au pelage blanc neigeux et aux yeux rosâtres. Pistou ne le regarda pas parce qu’il était trop myope. Évidemment, vivre presque aveugle n’était pas un handicap pour une espèce qui passait le plus gros de son temps dans l’obscurité et jouissait d’un odorat presque aussi performant, d’après ce qu’avait compris Maurice, que la vue, l’ouïe et la parole réunies. Par exemple, le rat se tournait toujours face à Maurice et le regardait droit dans les yeux quand il parlait. C’était troublant. Maurice avait connu un chat aveugle qui se cognait souvent dans les portes, mais Pistou, lui, jamais.
