
Pour lui, les rats étaient franchement bêtes. Malins, d’accord, mais bêtes. Maurice vivait dans la rue depuis quatre ans, il ne lui restait plus grand-chose de ses oreilles, des balafres lui couvraient le museau, et lui était intelligent. Il roulait tellement des mécaniques quand il marchait qu’il devait ralentir pour ne pas s’étaler par terre. Quand il s’ébouriffait la queue, on devait la contourner. D’après lui, il fallait être intelligent pour vivre quatre ans dans ces rues, surtout au milieu de toutes les bandes de chiens et de fourreurs indépendants.
Il fallait aussi être riche. Les rats avaient besoin d’explications sur ce dernier point, mais Maurice avait pas mal bourlingué en ville et compris ce qui la faisait marcher#nbsp#; l’argent, selon lui, était la clé de tout.
Puis, un jour, il avait vu le gamin à l’air bête jouer de sa flûte, sa casquette posée par terre devant lui pour récolter quelques sous, et une idée lui était venue. Une idée fabuleuse. Elle s’était amenée comme ça, boum, d’un coup. Les rats, la flûte, le gamin à l’air bête…
«#nbsp#Hé, toi, le gamin à l’air bête#nbsp#! avait-il lancé. Ça te dirait de faire fort… Nan, petit, je suis en dessous…»

Le jour se levait quand le cheval du brigand émergea de la forêt, franchit un col et qu’on le força à faire halte dans un bois fort à propos.
La vallée fluviale s’étendait en contrebas et un village se serrait contre les falaises.
Maurice s’extirpa tant bien que mal de la sacoche de selle et s’étira. Le gamin à l’air bête aida les rats à sortir de l’autre sacoche. Ils avaient passé tout le voyage tassés sur l’argent, même s’ils étaient trop polis pour avouer qu’ils ne tenaient pas à dormir dans une sacoche qu’occupait déjà un chat.
