C’est les rats qui avaient mangé de la magie. Le tas d’ordures qu’ils appelaient leur domicile mais aussi leur déjeuner se trouvait à l’arrière de l’Université, et c’était une université de mages, après tout. L’ancien Maurice ne prêtait guère attention aux gens sans bol à la main, mais il savait que les gros bonshommes en chapeaux pointus provoquaient d’étranges phénomènes.

Et il savait maintenant ce qui arrivait à tout ce qui ne leur servait plus. Ils le balançaient par-dessus le mur. Les livres d’enchantements déglingués, les bouts de chandelles dégoulinantes, les restes de mixture verte bouillonnante des chaudrons, tout finissait sur le gros tas aux côtés des boîtes en fer-blanc, des vieilles caisses et des déchets des cuisines. Oh, les mages avaient dressé des panneaux qui disaient Danger ou Produits toxiques, mais les rats ne savaient pas lire en ce temps-là et ils raffolaient des bouts de chandelles dégoulinantes.

Maurice n’avait jamais rien consommé dans ce tas. Il n’arrêtait pas de se poser la question, mais il en était sûr. Il avait une bonne devise dans la vie#nbsp#: ne jamais manger ce qui luit.

Mais il était aussi devenu intelligent, à peu près au même moment que les rats. C’était un mystère.

Il continuait depuis ce que les chats faisaient toujours. Il manipulait les gens. Certains rats comptaient maintenant aussi au nombre des gens, évidemment. Mais les gens restaient les gens, même quand ils avaient quatre pattes et s’affublaient de noms tels que Pistou, de ces noms qu’on se donne quand on apprend à lire avant de saisir le sens réel des termes, quand on déchiffre les étiquettes et les notices des vieilles boîtes de conserve rouillées et qu’un mot sonne bien à l’oreille.

L’ennui, quand on pense, c’est qu’une fois lancé on ne s’arrête plus. Et, de l’avis de Maurice, les rats pensaient beaucoup trop. Pistou n’était pas un cadeau, mais il était tellement occupé à ressasser des idées ridicules sur la façon dont les rats pourraient bâtir leur propre pays quelque part que Maurice arrivait à s’en dépatouiller. C’était Pêches la pire. L’astuce habituelle de Maurice qui consistait à parler vite pour embrouiller son monde ne prenait pas sur elle.



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