Maurice attendit que le gamin ait terminé son air. Pendant que la queue applaudissait, il se glissa derrière le musicien, se frotta contre lui et souffla#nbsp#: «#nbsp#Bravo, cervelle de moineau#nbsp#! On est censés passer inaperçus#nbsp#! Allez, on s’en va. Oh, prends aussi l’argent.#nbsp#»

Il traversa la place puis s’arrêta si brusquement que le gamin faillit lui marcher dessus.

«#nbsp#Hou-là, encore du gouvernement, dit-il. Et ceux-là, on les connaît, pas vrai…#nbsp#?#nbsp#»

Le gamin les connaissait. Il s’agissait de deux chasseurs de rats. Même ici, ils arboraient le long manteau poussiéreux et le chapeau haut de forme noir fatigué de leur profession. Chacun portait sur l’épaule un long bâton d’où pendouillaient divers pièges.

A l’autre épaule était accroché un grand sac, de ceux dont on ne tient pas à vérifier le contenu. Chacun tenait un terrier au bout d’une ficelle. Des chiens efflanqués, chicaneurs, qui grondèrent en direction de Maurice quand ils passèrent devant lui, traînés par leurs maîtres.

La queue poussa des vivats à l’arrivée des deux hommes et applaudit quand ils plongèrent la main dans leurs sacs et tendirent deux poignées de ce qui ressemblait, aux yeux de Maurice, à de la ficelle noire.

«#nbsp#Deux cents aujourd’hui#nbsp#!#nbsp#» cria un des chasseurs.

Un terrier voulut se précipiter vers Maurice en tirant frénétiquement sur sa laisse. Le chat ne broncha pas. Le gamin à l’air bête fut sans doute le seul à l’entendre dire tout bas#nbsp#: «#nbsp#Au pied, sac à puces#nbsp#! Vilain chien#nbsp#!#nbsp#»

La tête du terrier se chiffonna, prit l’expression horriblement inquiète du chien qui s’efforce de penser deux choses en même temps. Il savait que les chats ne doivent pas parler, et ce chat-là venait justement de le faire. Ça lui posait un problème affreux. Il s’assit d’un air gêné et geignit.



23 из 230