– Enculé! Salopard!

Nous continuons ainsi jusqu'à ce que les mots n'entrent plus dans notre cerveau, n'entrent même plus dans nos oreilles.

Nous nous exerçons de cette façon une demi-heure environ par jour, puis nous allons nous promener dans les rues.

Nous nous arrangeons pour que les gens nous insultent, et nous constatons qu'enfin nous réussissons à rester indifférents.

Mais il y a aussi les mots anciens.

Notre Mère nous disait:

– Mes chéris! Mes amours! Mon bonheur! Mes petits bébés adorés!

Quand nous nous rappelons ces mots, nos yeux se remplissent de larmes.

Ces mots, nous devons les oublier, parce que, à présent, personne ne nous dit des mots semblables et parce que le souvenir que nous en avons est une charge trop lourde à porter.

Alors, nous recommençons notre exercice d'une autre façon.

Nous disons:

– Mes chéris! Mes amours! Je vous aime… Je ne vous quitterai jamais… Je n'aimerai que vous… Toujours… Vous êtes toute ma vie…

A force d'être répétés, les mots perdent peu à peu leur signification et la douleur qu'ils portent en eux s'atténue.

L'école

Ceci s'est passé il y a trois ans.

C'est le soir. Nos parents croient que nous dormons.

Dans l'autre chambre, ils parlent de nous.

Notre Mère dit:

– Ils ne supporteront pas d'être séparés.

Notre Père dit:

– Ils ne seront séparés que pendant les heures d'école.

Notre Mère dit:

– Ils ne le supporteront pas.

– Il le faudra bien. C'est nécessaire pour eux. Tout le monde le dit. Les instituteurs, les psychologues. Au début, ce sera difficile, mais ils s'y habitueront.

Notre Mère dit:

– Non, jamais. Je le sais. Je les connais. Ils ne font qu'une seule et même personne.

Notre Père élève la voix:

– Justement, ce n'est pas normal. Ils pensent ensemble, ils agissent ensemble. Ils vivent dans un monde à part. Dans un monde à eux. Tout cela n'est pàs très sain. C'est même inquiétant. Oui, ils m'inquiètent. Ils sont bizarres. On ne sait jamais ce qu'ils peuvent penser. Ils sont trop avancés pour lèur âge. Ils savent trop de choses.



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