Notre Mère rit:

– Tu ne vas, tout de même pas leur reprocher leur intelligence?

– Ce n'est pas drôle. Pourquoi ris-tu?

Notre Mère répond:

– Les jumeaux posent toujours des problèmes. Ce n'est pas un drame. Tout s'arrangera.

Notre Père dit:

– Oui, tout peut s'arranger si on les sépare. Chaque individu doit avoir sa propre vie.

Quelques jours plus tard, nous commençons l'école. Chacun dans une classe différente. Nous nous asseyons au premier rang.

Nous sommes séparés l'un de l'autre par toute la longueur du bâtiment. Cette distance entre nous nous semble monstrueuse, la douleur que nous en éprouvons est insupportable. C'est comme si on nous avait enlevé la moitié de notre corps. Nous n'avons plus d'équilibre, nous sommes pris de vertige, nous tombons, nous perdons connaissance.

Nous nous réveillons dans l'ambulance qui nous conduit à l'hôpital.

Notre Mère vient nous chercher. Elle sourit, elle dit:

– Vous serez dans la même classe des demain.

A la maison, notre Père nous dit seulement:

– Simulateurs!

Bientôt, il part au front. Il est journaliste, correspondant de guerre.

Nous allons à l'école pendant deux ans et demi. Les instituteurs partent aussi au front; ils sont remplacés par des institutrices. Plus tard, l'école ferme car il y a trop d'alertes et de bombardements.

Nous savons lire, écrire, calculer.

Chez Grand-Mère, nous décidons de poursuivre nos études sans instituteurs, seuls…

L'achat du papier, du cahier et des crayons

Chez Grand-Mère, il n'y a pas de papier, ni de crayon. Nous allons en chercher dans le magasin qui s'appelle: «Librairie-Papeterie». Nous choisissons un paquet de papier quadrillé, deux crayons et un grand cahier épais., Nous posons tout cela sur le comptoir face au gros monsieur qui se tient derrière. Nous lui disons:



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