
Bientôt nous fabriquons une clé qui ouvre toutes les portes et nous perçons des trous dans le plancher du galetas. Grâce à la clé, nous pouvons circuler librement dans la maison quand personne ne s'y trouve, et, grâce aux trous, nous pouvons observer Grand-Mère et l'officier dans leurs chambres, sans qu'ils s'en doutent.
Grand-Mère
Notre Grand-Mère est la mère de notre Mère. Avant de venir habiter chez elle, nous ne savions pas que notre Mère avait encore une mère.
Nous l'appelons Grand-Mère.
Les gens l'appellent la Sorcière. Elle nous appelle «fils de chienne».
Grand-Mère est petite et maigre. Elle a un fichu noir sur la tête. Ses habits sont gris foncé. Elle porte de vieux souliers militaires. Quand il fait beau, elle marche nu-pieds. Son visage est couvert de rides, de taches brunes et de verrues où poussent des poils. Elle n'a plus de dents, du moins plus de dents visibles.
Grand-Mère ne se lave jamais. Elle s'essuie la bouche avec le coin de son fichu quand elle a mangé ou quand elle a bu. Elle ne porte pas de culotte. Quand elle a besoin d'uriner, elle s'arrête où elle se trouve, écarte les jambes et pisse par terre sous ses jupes. Naturellement, elle ne le fait pas dans la maison.
Grand-Mère ne se déshabille jamais. Nous avons regardé dans sa chambre le soir. Elle enlève une jupe, il y a une autre jupe dessous. Elle enlève son corsage, il y a un autre corsage dessous. Elle se couche comme ça. Elle n'enlève pas son fichu.
Grand-Mère parle peu. Sauf le soir. Le soir, elle prend une bouteille sur une étagère, elle boit directement au goulot. Bientôt, elle se met à parler une langue que nous ne connaissons pas. Ce n'est pas la langue que parlent les militaires étrangers, c'est une langue tout à fait différente.
