
— Impossible, avait-il rétorqué.
Une erreur. Il aurait dû la renvoyer au Médiéval, lui conseiller de s’adresser à son directeur d’études.
— L’accès au monde médiéval est interdit.
— Selon M. Gilchrist, sa classification sur l’échelle des risques serait injustifiée. Elle est fondée sur un taux de mortalité dû à la malnutrition et à l’absence de soins médicaux dignes de ce nom. Un historien vacciné contre les maladies de l’époque ne courrait aucun danger. Il compte demander à la Faculté d’Histoire de réétudier la question et d’ouvrir une partie du XIVe siècle.
— Il est inconcevable qu’on autorise l’accès à un monde ravagé non seulement par la peste noire et le choléra mais aussi par la guerre de Cent Ans.
— Si cette décision est prise, je veux partir.
— N’y comptez pas. Le Médiéval désignera un homme. Seules les femmes de basse extraction voyageaient seules, à l’époque. Et elles étaient des proies rêvées pour les brigands et les loups qui croisaient leur chemin. Les femmes de la noblesse et des classes moyennes étaient protégées par leur père, leur époux ou leurs serviteurs. En outre, il faudrait être inconscient pour envoyer quelqu’un qui n’a pas terminé ses études en un siècle aussi dangereux.
— Il ne l’est pas plus que le XXe avec ses armes chimiques, ses accidents d’automobile et ses bombardements. Au Moyen Âge, au moins ne risquait-on pas de recevoir une bombe sur la tête. Par ailleurs, qui pourrait se prétendre expérimenté ? Nul n’est encore allé à cette époque, et les historiens savent très peu de choses sur elle. Les documents sont rares, à l’exception des registres paroissiaux et des rôles d’imposition. Voilà pourquoi je veux découvrir à quoi ressemblaient les gens, et comment ils vivaient. Aidez-moi.
— C’est au Médiéval qu’il faut vous adresser, avait-il déclaré, bien trop tard.
