
— Je l’ai fait. Les connaissances des spécialistes n’ont aucune utilité pratique. M. Latimer m’enseigne la grammaire de l’anglais de l’époque, mais pas à le parler.
« Or, je dois me familiariser avec la langue, les us et les coutumes, la valeur de l’argent et la façon de se tenir à table. Saviez-vous par exemple qu’ils ne mettaient pas leur viande dans des assiettes mais sur des miches de pain plates qu’ils rompaient et mangeaient ensuite ? Quelqu’un doit m’apprendre tout cela, pour m’éviter de commettre des erreurs.
— Je suis un spécialiste du XXe siècle, pas un médiéviste. Il y a quarante ans que je ne me suis pas intéressé au Moyen Âge.
— Mais vous savez ce qu’il est indispensable de connaître lorsqu’on effectue un voyage temporel.
— Adressez-vous à Gilchrist, avait-il conseillé.
Bien qu’il considérât cet homme comme un imbécile imbu de lui-même.
— Il n’a pas de temps à me consacrer. Obtenir la reclassification du XIVe siècle l’accapare.
À quoi bon, s’il ne forme pas un historien pour l’envoyer à cette époque ? s’était-il demandé.
— Vous devriez contacter cette archéologue américaine. Elle est la mieux placée pour vous renseigner.
— Mlle Montoya est débordée, elle aussi. Elle cherche des bénévoles pour son chantier de Skendgate. Non, il n’y a que vous.
Il aurait dû répondre : « Je n’appartiens pas à la faculté de Brasenose. » Mais la perspective de pouvoir démontrer que Latimer était un vieillard sénile, Montoya une vieille fille frustrée et Gilchrist un incapable le séduisait. C’était pour lui une occasion de donner une leçon à ces imbéciles du Médiéval.
— Nous vous ferons attribuer un interprète, avait-il dit. Vous apprendrez le latin liturgique, le normand et le bas allemand, en plus du moyen anglais que vous enseigne M. Latimer.
Elle sortait déjà un stvlo et un calepin de sa poche pour dresser une liste.
