
Au vu de tout ça, il avait presque autant de chances de survivre que, disons, une sardine en savon, mais au grand étonnement de Rincevent ça semblait efficace, et la totale inconscience du petit homme devant toutes formes de dangers décourageait tellement les dangers en question qu’ils laissaient tomber pour aller voir ailleurs.
Menacé d’une simple noyade, Deuxfleurs n’avait rien à craindre. Il était à peu près sûr qu’une société bien policée ne permettait pas que les gens s’amusent à se noyer.
Il se faisait cependant un peu de souci quant au sort de son Bagage. Mais il se rassura en se rappelant qu’il était fait de bois de poirier savant et qu’il devait être assez intelligent pour prendre soin de lui tout seul…
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Dans un autre secteur encore de la forêt, un jeune shaman passait par une épreuve essentielle de son apprentissage. Il avait mangé du champignon vénéneux sacré, fumé le rhizome divin, soigneusement pulvérisé et introduit dans divers orifices naturels le cryptogame magique, et maintenant, assis en tailleur sous un pin, il se concentrait pour établir le contact avec les secrets étranges et merveilleux au cœur de l’Être, mais surtout pour empêcher le sommet de son crâne de se dévisser et de s’envoler.
Des triangles bleus à quatre côtés traversaient son champ visuel en faisant des soleils. De temps à autre il souriait d’un air entendu à pas grand-chose et lâchait des « super » et des « argh ».
Il y eut un mouvement dans l’air puis ce qu’il décrivit par la suite ainsi : « comme qui dirait une espèce d’explosion, mais à l’envers, tu vois ? », et soudain surgit du néant un grand coffre de bois esquinté.
