
« C’est vrai, c’est vrai, lâcha-t-il.
— Alors, cet arbre-là, c’est quoi ? » demanda le touriste. Rincevent leva la tête.
« Hêtre, dit-il avec assurance.
— À la vérité…» commença l’arbre qui n’alla pas plus loin. Il avait saisi le regard de Rincevent.
« Ces trucs là-haut, ça ressemble à des glands, objecta Deuxfleurs.
— Oui, eh ben, c’est une variété sessilifoliée ou heptocarpique, répliqua Rincevent. Les fruits ressemblent beaucoup aux glands. Tout le monde s’y trompe, quasiment.
— Mince alors ! » fit Deuxfleurs. Puis : « Et ce buisson là-bas, c’est quoi, alors ?
— Du gui.
— Mais il a des épines et des baies rouges !
— Ben quoi ? » fit brutalement Rincevent qui le fixa d’un œil dur. Deuxfleurs céda le premier.
« Rien, dit-il humblement. On a dû mal me renseigner.
— C’est ça.
— Mais il y a de gros champignons par en dessous. Ils sont comestibles ? »
Rincevent les regarda avec prudence. Ils étaient vraiment très gros, surmontés d’un chapeau rouge et blanc à pois. Il s’agissait en fait d’une variété que le shaman local (qui à cet instant se liait d’amitié avec un rocher quelques kilomètres plus loin) ne consommait qu’après s’être préalablement attaché une grosse pierre à la jambe à l’aide d’une ficelle. Il ne restait qu’à sortir sous la pluie afin d’aller les examiner.
Rincevent s’agenouilla dans l’humus pour étudier le dessous du chapeau. Au bout d’un moment il annonça mollement : « Non, ils ne sont pas du tout bons à manger.
— Pourquoi ? cria Deuxfleurs. Parce que les lamelles ne sont pas du bon jaune ?
— Non, pas vraiment…
— J’imagine que les pieds n’ont pas les bonnes cannelures, alors ?
— Elles m’ont l’air correctes.
— Le chapeau, alors, j’imagine que le chapeau est de la mauvaise couleur, dit Deuxfleurs.
