— Je n’en suis pas sûr.

— Eh bien alors, pourquoi tu ne peux pas les manger ? » Rincevent toussa. « À cause des petites portes et des petites fenêtres, dit-il d’une voix pitoyable, ça ne trompe pas : il est mortel. »


* * *

Le tonnerre gronda sur l’Université de l’Invisible. La pluie s’abattit sur les toits et rejaillit bruyamment par les gargouilles, dont une ou deux des plus futées avaient filé se mettre à couvert dans le dédale des tuiles.

Beaucoup plus bas, dans la Grande Salle, les huit mages les plus puissants du Disque-monde se plaçaient aux angles d’un octogramme de cérémonie. Ils n’étaient probablement pas les plus puissants, à vrai dire, mais disposaient certainement de grands pouvoirs de survie, ce qui, dans un monde de magie livré à une compétition acharnée, revenait presque au même. Derrière chaque mage de huitième niveau se pressaient une demi-douzaine de mages de septième niveau qui cherchaient à le liquider, et les mages de grade supérieur devaient prendre l’habitude de vérifier si, par exemple, des scorpions ne traînaient pas dans leur lit. Un vieux proverbe résumait : quand un mage se lasse de chercher des bouts de verre dans son déjeuner, qu’il disait, le proverbe, c’est qu’il se lasse de la vie.

Le plus vieux mage, Greyhald Spold des Anciens Sages Garantis d’Origine du Cercle Continu, s’appuya lourdement sur son bourdon sculpté et s’exprima en ces termes :

« Allez, Ciredutemps, mes pieds me font souffrir. »

Galder, qui n’avait marqué une pause que par souci de produire un effet, lui lança un regard furibond.

« Bon, dans ce cas, je serai bref…

— Bonne nouvelle.

— Nous avons tous cherché des informations sur les événements de ce matin. Y en a-t-il un parmi nous qui puisse dire qu’il en a obtenu ? »

Les mages se jetèrent des regards en coin.



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