« Le Livre des Fées des Fleurs pour les Tout-Petits », grommela-t-il.

Rincevent avait l’air ahuri.

« C’est un livre pour apprendre à les éviter ? demanda-t-il.

— Oh, non, répondit précipitamment Deuxfleurs. Il apprend où les chercher. Je me souviens des illustrations, maintenant. » Une expression rêveuse passa sur son visage, et Rincevent grogna intérieurement. « Il y avait même une fée spéciale qui venait enlever les dents.

— Quoi ? Elle venait arracher les vraies dents… ?

— Non, non, tu te trompes, je veux dire : une fois qu’elles étaient tombées, on les mettait sous l’oreiller, la fée venait, les prenait et laissait un rhinu par dent.

— Pourquoi ?

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi elle collectionnait les dents ?

— C’était comme ça. »

Rincevent s’imagina une étrange entité habitant un château fait de dents. Le genre d’image mentale qu’on s’empresse d’oublier. Vainement.

« Aargh », fit-il.

Des chapeaux rouges ! Il se demanda s’il devait ouvrir les yeux du touriste sur ce qu’était vraiment la vie quand une grenouille représente un bon repas, un trou de lapin un refuge commode pour s’abriter de la pluie et une chouette une horreur silencieuse planant dans la nuit. Des pantalons en peau de taupe prêtent à sourire, à moins de les avoir personnellement retirés à leur propriétaire légitime, quand cette petite saleté malfaisante se trouve acculée dans son terrier. Quant aux chapeaux rouges, quiconque se promène en forêt accoutré de couleurs vives et voyantes a tôt fait de le regretter.

Il voulut dire : « Écoute, la vie des gnomes et des gobelins est désagréable, bestiale et brève. C’est comme ça. »

Voilà ce qu’il voulut dire, mais il en fut incapable. Pour quelqu’un que ça démangeait de tout voir de l’infini, Deuxfleurs ne sortait jamais vraiment de son monde intérieur. Lui apprendre la vérité équivaudrait à flanquer un coup de pied à un épagneul.



30 из 223