
Galder se leva de son siège et se dirigea d’un pas traînant vers la forge, à présent froide. Le fil de magie se tortillait toujours, cependant, à la fois présent et absent, comme une fissure ouverte dans un autre univers inondé de lumière bleue ardente. Il s’en saisit tranquillement, décrocha un arc d’un râtelier, prononça un mot cabalistique et regarda avec satisfaction la magie en saisir les extrémités et le bander jusqu’à faire gémir le bois. Il choisit ensuite une flèche.
Trymon avait tiré un lourd miroir grandeur d’homme au milieu de la pièce. Quand je serai à la tête de l’ordre, se disait-il, je ne traînerai sûrement pas mes pieds dans des pantoufles.
Trymon, comme il a été dit plus haut, avait le sentiment qu’un sang neuf ferait le plus grand bien si seulement on pouvait se débarrasser du bois mort… Mais pour l’instant il était sincèrement impatient de voir où voulait en venir le vieux fou.
Ça lui aurait peut-être fait plaisir de savoir que Galder et Skrelt Changepanier se mettaient tous les deux le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Galder effectua quelques passes devant la glace qui se ternit avant de s’éclaircir pour offrir une vue aérienne de la forêt de Skund. Il la regarda fixement, tout en tenant à la main l’arc et la flèche vaguement pointée sur le plafond. Il marmonna quelques mots comme : « Tiens compte d’un vent de, mettons… trois nœuds » et « Règle-toi par rapport à la température », puis, d’un geste plutôt décevant, il lâcha le trait.
Si les lois d’action et de réaction avaient eu leur mot à dire, la flèche aurait dû retomber mollement à quelques pas de distance. Mais personne ne s’intéressait à elles.
Dans un bruit qui défie toute description mais que, par souci de la perfection, on pourrait assimiler fondamentalement à spang ! plus trois jours de travail intensif dans un studio d’enregistrement décemment équipé, la flèche disparut.
