« Tu crois que je pourrais l’acheter, cette maison ? » demanda Deuxfleurs. Rincevent hésita. Il avait découvert que ça payait toujours de réfléchir longuement avant de répondre aux questions les plus saugrenues du touriste.

« Pourquoi donc ? fit-il, circonspect.

— Eh bien, je sens ici une forte ambiance qui se dégage…

— Oh.

— C’est quoi, une ambiance ? demanda Swires, qui renifla prudemment, avec la mine innocente de celui qui veut faire comprendre que ce n’est pas lui le responsable, quoi qu’il ait pu se passer.

— Une espèce de carriole pour transporter les malades, je crois, dit Rincevent. N’importe comment, tu ne peux pas acheter cette maison parce qu’il n’y a personne à qui l’acheter…

— Je pense que je pourrais sans doute arranger ça, au nom du conseil de la forêt, évidemment, le coupa Swires en s’efforçant d’éviter son regard courroucé.

«… et de toute manière, tu ne pourrais pas l’emmener ; je veux dire : tu aurais du mal à la caser dans le Bagage, pas vrai ? » Rincevent désigna le coffre couché près du feu qui s’arrangeait – allez savoir comment ? – pour ressembler à un tigre satisfait mais sur le qui-vive ; puis il regarda à nouveau Deuxfleurs. Sa figure s’était allongée.

« Pas vrai ? » répéta-t-il.

Il n’avait jamais vraiment accepté le fait que l’intérieur du Bagage n’occupait pas tout à fait le même monde que l’extérieur. Simple effet secondaire de son originalité fondamentale, il était pourtant déconcertant de voir Deuxfleurs le remplir de chemises sales et de vieilles chaussettes puis rouvrir le couvercle sur une pile de linge tout frais, fleurant légèrement la lavande. Deuxfleurs achetait aussi des tas d’articles indigènes incroyables – de la camelote, de l’avis de Rincevent –, et même un bâton chatouille-cochons de cérémonie de deux mètres paraissait y loger à l’aise sans dépasser nulle part.



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