
« Je ne sais pas, fit Deuxfleurs. Tu es mage, tu connais ces choses-là, toi.
— Oui, euh, bien entendu, mais la magie bagagière est une discipline hautement spécialisée. De toute façon, je suis sûr que les gnomes ne tiendraient pas vraiment à la vendre, c’est… c’est… (il chercha au hasard dans ce qu’il connaissait du vocabulaire abracadabrant de Deuxfleurs) c’est une attraction touristique.
— C’est quoi ? demanda Swires, intéressé.
— Ça veut dire que des tas de gens comme lui vont venir la visiter, dit Rincevent.
— Pourquoi ?
— Parce que… (Rincevent chercha à nouveau ses mots) c’est une curiosité. Hum, c’est vieillot. Folkloresque. Euh… un charmant exemple d’un art populaire aujourd’hui disparu, imprégné de traditions d’un âge révolu.
— Non ? fit Swires qui posa sur la maisonnette un regard ahuri.
— Si.
— Tout ça ?
— Tas oui.
— Je vous aide à faire vos bagages. »
Et la nuit s’avance, sous une couverture de nuages bas qui s’étendent sur la majeure partie du Disque – une chance, car lorsque le temps s’éclaircira et que les astrologues auront une vue dégagée du ciel, ils vont piquer une colère et se mettre dans des états…
Ici et là dans la forêt, des bandes de mages s’égarent, tournent en rond, se cachent les uns des autres, embarrassés à chaque fois qu’ils butent dans un arbre qui leur présente des excuses. Mais, vaille que vaille, nombre d’entre eux se rapprochent de la maisonnette…
Le moment est bien choisi pour regagner les bâtiments aux mille recoins de l’Université de l’Invisible, en particulier les appartements de Greyhald Spold, présentement le plus vieux mage du Disque et qui tient à le rester.
