
— Qui ça ? On a faussé compagnie dans le marais aux gars de la Confrérie de la Poudre-aux-yeux, et ces idiots du Conseil Vénérable des Voyants sont de toute façon partis dans la mauvaise direction.
— Ouais, fit le benjamin, mais qui c’est qui nous parle sans arrêt ? On raconte que ce bois est magique, plein de gobelins, de loups, de…
— D’arbres », laissa tomber une voix dans l’obscurité, loin au-dessus. Une voix aux cordes de bois, pourrait-on dire.
« Ouais », fit le jeunot. Il tira sur son mégot et frissonna.
Le chef du groupe jeta un coup d’œil par-dessus le rocher en direction de la maisonnette.
« Bon, dit-il en tapotant sa pipe sur le talon de sa botte de sept lieues qui lâcha un couinement de protestation. On fonce à l’intérieur, on les cueille, on se casse. D’ac’ ?
— T’es sûr que ce ne sont que des gens ? demanda le jeune mage, nerveux.
— Évidemment que j’en suis sûr, grogna le chef. Tu t’attends à trouver quoi ? Trois ours ?
— Il pourrait y avoir des monstres. C’est le genre de bois qu’a des monstres.
— Et des arbres, ajouta une voix amicale tombant des branches.
— Ouais », fit le chef, prudent.
* * *
Rincevent examina soigneusement le lit. Un joli petit lit fait dans une sorte de caramel dur, au beurre, incrusté de caramel nature, mais il aurait préféré le manger que dormir dedans ; d’ailleurs il semblait qu’on y avait déjà goûté.
« Quelqu’un a mangé mon lit, dit-il.
— J’aime bien le caramel au beurre, fit Deuxfleurs, sur la défensive.
— Si tu ne fais pas attention, la fée va venir te prendre toutes tes dents, dit Rincevent.
— Non, ça, ce sont les elfes, dit Swires depuis la coiffeuse. Ils font ça, les elfes. Les ongles de doigts de pieds, aussi. Des fois ils sont très susceptibles, ces elfes-là. »
Deuxfleurs s’assit lourdement sur son lit.
