
Il renifla. Ce rocher sentait la friture. L’odeur semblait venir de l’avant et titilla d’emblée son estomac.
« Tu ne sens rien ? demanda-t-il.
— On dirait du bacon, dit Deuxfleurs.
— J’espère que ç’en est, fit Rincevent, parce que je vais le manger. » Il se mit debout sur la pierre tremblante et s’en fut d’un pied chancelant dans les nuages, fouillant des yeux l’obscurité humide.
Au bord, ou à la proue du rocher, un petit druide était assis en tailleur devant un maigre feu. Un carré de toile cirée lui protégeait la tête, noué sous le menton. Il tisonnait une poêlée de bacon à l’aide d’une faucille d’apparat.
« Hem », fit Rincevent. Le druide leva les yeux et lâcha la poêle dans le feu. Il bondit sur ses pieds et agrippa sa faucille d’un air agressif, pour autant qu’on puisse se donner un air agressif en longue chemise de nuit blanche mouillée et fichu dégoulinant.
« Je vous préviens, les pirates de l’air auront du fil à retordre avec moi, dit-il, et il éternua violemment.
— On vous donnera un coup de main », rétorqua Rincevent qui couvait des yeux le bacon en train de brûler. La réponse parut intriguer le druide ; Rincevent, un peu surpris, le trouva plutôt jeune, mais en théorie rien ne s’opposait à l’existence de jeunes druides, c’était seulement qu’il n’y avait jamais pensé.
« Vous n’essayez pas de détourner le rocher ? demanda le druide qui descendit sa faucille d’un poil.
— Je ne savais même pas qu’on pouvait détourner des rochers, fit Rincevent d’une voix lasse.
— Excusez-moi, dit poliment Deuxfleurs. Je crois que votre petit déjeuner prend feu. »
