
Le druide baissa les yeux et battit vainement des bras en direction des flammes. Rincevent se précipita pour l’aider, il s’ensuivit beaucoup de fumée, de cendres et de confusion, et le triomphe commun d’avoir réussi à sauver quelques morceaux de bacon calciné fit mieux que tout un traité de diplomatie.
« Au fait, comment êtes-vous arrivés ici ? demanda le druide. On est à cent cinquante mètres du sol, à moins que je ne me sois encore planté dans les runes. »
Rincevent s’efforça de ne pas penser à l’altitude. « On a comme qui dirait fait un saut en passant.
— On se rendait à terre, précisa Deuxfleurs.
— Seulement, votre rocher a stoppé notre chute », dit Rincevent. Son dos se plaignit. « Merci, ajouta-t-il.
— Il me semblait bien avoir traversé une turbulence il y a un moment, dit le druide qui se trouvait porter le nom de Belafon. C’était sûrement vous. » Il frissonna. « Ce doit être le matin, à présent. Et merde pour le règlement ! je grimpe. Cramponnez-vous !
— À quoi ? fit Rincevent.
— Ben, faites comprendre que vous ne voulez pas tomber, voilà tout », dit Belafon. Il sortit un grand pendule de fer de sa robe et lui fit décrire une série de mouvements circulaires déconcertants au-dessus du feu.
Les nuages défilèrent à toute allure autour des trois hommes, une horrible impression de pesanteur se fit sentir, et le rocher jaillit soudain à la lumière du soleil.
Il se stabilisa à quelques mètres au-dessus des nuages, dans un ciel froid mais d’un bleu éclatant. Les nuages, à l’air glacialement distants la veille au soir et affreusement collants ce matin, formaient désormais un blanc tapis floconneux qui s’étendait dans toutes les directions ; quelques pics montagneux émergeaient, telles des îles. Derrière le rocher, le souffle de son passage sculptait les nuages en tourbillons éphémères. Le rocher…
Il faisait grosso modo dix mètres de long sur trois de large et avait une couleur bleutée.
