
L’univers, à leur point de vue, dépendait pour sa bonne marche de l’équilibre de quatre forces, dans lesquelles ils reconnaissaient le charme, la conviction, le doute et l’envie d’emmerder le monde.
Par exemple, le soleil et la lune tournaient autour du Disque parce qu’ils étaient convaincus de ne pas tomber, mais ne s’en éloignaient pas à cause du doute. Le charme permettait aux arbres de pousser, l’envie d’emmerder le monde les maintenait debout, et ainsi de suite.
Certains druides insinuaient que cette théorie présentait des lacunes, mais leurs aînés expliquaient avec force sous-entendus qu’il y avait assurément matière à une discussion s’appuyant sur des faits, aux passes d’armes d’un débat scientifique passionnant, lequel débat se tiendrait au sommet du prochain bûcher de solstice.
* * *
« Alors vous êtes astronome ? fit Deuxfleurs.
— Oh, non, dit Belafon, tandis que le rocher négociait en douceur la courbe d’une montagne. Je suis expert-conseil en matériel informatique.
— C’est quoi, du matériel informatique ?
— Eh ben, ça, c’en est, fit le druide qui tapa le rocher de sa sandale. Un élément, en tout cas. C’est une pièce de rechange. Je la livre. Ils ont des problèmes avec les grands cercles dans les Plaines du Vortex. C’est ce qu’ils disent, toujours bien ; j’aimerais qu’on me donne un torque de bronze par utilisateur qui n’a pas lu le manuel. » Il haussa les épaules.
« Alors, ça sert à quoi, exactement ? » demanda Rincevent. Tout était bon pour ne pas penser à la chute.
« On peut s’en servir pour… pour savoir à quelle période de l’année on est, dit Belafon.
