— Ah. Vous voulez dire que s’il est recouvert de neige, alors on doit être en hiver ?

— Oui. Enfin, non. Je veux dire, supposons que vous ayez envie de savoir à quel moment certaine étoile va se lever…

— Pour quoi faire ? lâcha Deuxfleurs, montrant un intérêt poli.

— Eh ben, vous avez peut-être envie de savoir quand planter vos cultures, dit Belafon qui transpirait un peu, ou bien…

— Je peux vous prêter mon almanach, si vous voulez, proposa Deuxfleurs.

— Almanach ?

— Un livre qui dit quel jour on est, expliqua Rincevent d’un ton las. Vous devriez pourtant connaître ça, c’est comme qui dirait du dolmen public. »

Belafon se raidit. « Un livre ? Comment ça ? Avec du papier ?

— Oui.

— À moi, ça ne me paraît pas très fiable, jeta fielleusement le druide. Comment un livre peut-il savoir quel jour on est ? Le papier, ça ne sait pas compter. »

Il gagna en frappant du pied l’avant du rocher qui tangua d’une manière alarmante. Rincevent déglutit avec peine et fit signe à Deuxfleurs de s’approcher.

« As-tu déjà entendu parler de choc culturel ? siffla-t-il.

— C’est quoi ?

— C’est ce qui arrive quand des gens passent cinq cents ans à essayer de faire correctement marcher un cercle de pierre et que débarque un type en possession d’un petit bouquin dont chaque page est consacrée à un jour et délivre des boniments ridicules du genre : « Le moment est venu de planter des fèves », ou « Se coucher tôt, se lever à l’aurore assure santé, richesse et mort », et sais-tu ce que le plus important à retenir sur le choc culturel… (Rincevent marqua une pause afin de reprendre son souffle puis remua les lèvres en silence pour retrouver la fin de sa phrase) c’est ? conclut-il.

— Quoi donc ?

— N’engueule pas le gars qu’est aux commandes d’un rocher de mille tonnes. »


* * *

« Il est parti ? »



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