
– Je ne sais pas… je… je ne suis venue vivre avec mon père que récemment; et je sais si peu de chose de sa vie ou de ses idées que je crains de n'être pas bon juge en la matière.
Après lui avoir lancé un regard pénétrant, le médecin dit avec beaucoup de douceur:
– Excusez-moi. J'ignorais. Mais en tout cas vous n'avez pas à vous inquiéter. Il n'est pas nécessaire de le retirer pour le moment. Si cela l'était je l'aurais fait aussitôt en prenant la chose sous ma responsabilité. Si cela devient nécessaire par la suite, nous pouvons facilement le retirer avec une lime. Votre père a sans doute une raison de le garder ainsi. Regardez! une clef minuscule y est attachée…
Il s'arrêta de parler, se pencha, me prit la bougie que je tenais à la main et la baissa de telle sorte qu'elle éclaire le bracelet. Il me fit signe ensuite de tenir la bougie dans la même position, sortit une loupe de sa poche. Quand il eut procédé à un examen minutieux, il se releva et tendit la loupe à Dolan en lui disant:
– Il serait préférable que vous l'examiniez vous-même. Ce n'est pas un bracelet ordinaire. L'or est travaillé sur des maillons triples en acier. Regardez les endroits où il est arraché. Ce bracelet n'est pas destiné à être ôté à la légère; et il faudrait plus qu'une lime ordinaire pour y parvenir.
Le commissaire plia son grand corps; mais comme il n'arrivait pas assez près, il s'agenouilla à côté du sofa comme avait fait le docteur. Il examina minutieusement le bracelet, en le faisant tourner lentement pour ne laisser passer aucun détail. Puis il se leva et me tendit la loupe:
– Quand vous aurez regardé vous-même, dit-il, que la dame regarde elle aussi, si elle le désire. Et il se mit à écrire longuement dans son carnet.
Je n'apportai qu'un léger changement à sa suggestion. Je tendis la loupe à Miss Trelawny en disant:
– Ne serait-il pas mieux que vous regardiez la première?
