
Elle recula, leva légèrement la main pour décliner ma proposition, et dit en même temps avec élan:
– Oh non! Mon père me l'aurait montré sans aucun doute s'il avait désiré que je le voie. Je n'aimerais pas le regarder sans son consentement.
Et elle ajouta, craignant sans aucun doute que cette délicatesse de sa part ne prenne un caractère offensant pour les autres personnes présentes:
– C'est naturellement très bien que vous l'ayez vu. Vous devez tout examiner et étudier; et en vérité… en vérité je vous suis reconnaissante…
Elle se détourna. Je pus voir qu'elle pleurait doucement. Il était évident à mes yeux que même au milieu de ses ennuis et de son anxiété, elle éprouvait du chagrin de ne pas en savoir davantage sur le compte de son père, et que cette ignorance apparaisse en un pareil moment et devant tant d'étrangers. Le fait qu'il n'y eût que des hommes n'atténuait pas sa honte, mais lui apportait cependant un certain soulagement. En essayant d'interpréter ses sentiments, je pouvais seulement penser qu'elle devait être heureuse de ne pas être vue en ce moment par des yeux de femmes qui comprennent les choses mieux que les hommes.
Lorsque je me relevai, après avoir procédé à mon examen, conforme à celui du docteur, celui-ci reprit sa place à côté du divan et poursuivit ses opérations. Le commissaire Dolan me dit à voix basse:
– Je crois que nous sommes bien tombés avec notre docteur!
J'acquiesçai et j'étais sur le point d'ajouter quelques mots d'appréciation pour sa clairvoyance quand on frappa discrètement.
Chapitre II ÉTRANGES INSTRUCTIONS
Le commissaire Dolan alla lentement à la porte; par suite d'une entente tacite, il avait pris la direction des opérations dans cette chambre. Nous attendions. Il entrouvrit la porte; puis, avec un geste de soulagement évident, il l'ouvrit toute grande et un homme entra. Un homme jeune, rasé de près, grand et mince, avec un visage d'aigle, et des yeux vifs, brillants qui semblaient tout voir en un instant. Au moment où il entrait, le commissaire lui tendit la main. Les deux hommes échangèrent une poignée de main chaleureuse.
