
Miss Trelawny eut un sourire triste qui me fendit le cœur:
– Oh non! répondit-elle. Mon père n'aime pas qu'il y ait des animaux dans la maison, sauf quand ils sont morts et momifiés.
Cela fut dit avec une certaine amertume – ou une pointe de jalousie, je ne pourrais dire.
– Même mon pauvre chat n'a été admis à rester que par tolérance. Bien qu'il soit le plus charmant et le mieux élevé des chats, il est en quelque sorte banni et il n'est pas admis dans cette chambre.
Tandis qu'elle parlait on entendit un léger grattement sur le bouton de la porte. Le visage de Miss Trelawny, s'illumina aussitôt. Elle se précipita à la porte en disant:
– Le voici! C'est mon Silvio. Quand il veut entrer dans une pièce, il se dresse sur ses pattes de derrière et il gratte le bouton de la porte.
Elle ouvrit et s'adressa au chat comme à un bébé.
– Il voulait voir sa maman? Entre, alors, mais tu dois rester avec elle.
Elle souleva le chat et revint en le portant dans ses bras. C'était certainement un magnifique animal. Un persan gris chinchilla aux longs poils soyeux; un animal vraiment princier, avec une expression hautaine en dépit de sa douceur; et avec de grosses pattes qui s'étalaient quand il les posait par terre. Tandis qu'elle le caressait, il se tortilla soudain comme une anguille et s'échappa de ses bras. Il traversa la chambre en courant et se planta devant une table basse sur laquelle se trouvait la momie d'un animal et se mit à miauler et à gronder. Miss Trelawny bondit sur lui, et le souleva dans ses bras bien qu'il ait lutté et se soit débattu pour lui échapper; il ne mordait ni ne griffait cependant, car il adorait évidemment sa belle maîtresse. Dès qu'il fut dans ses bras, il cessa de faire du bruit; elle le réprimanda à mi-voix:
– Vilain Silvio! Tu as manqué à la parole que ta mère avait donnée en ton nom. À présent, dis bonsoir à ces messieurs, et viens dans la chambre de ta maman!
