
L'ennui est une terrible chose. Enfin, n'y pouvant plus tenir, je m'avançai sans bruit jusqu'à la porte qui donnait accès dans la chambre aux magots et je haussai le bras pour atteindre le bouton. Je savais bien que je faisais une action indiscrète et mauvaise; mais cela même me donnait une espèce d'orgueil.
J'ouvris la porte et je trouvai la dame en blanc debout contre la cheminée. Le monsieur, à genoux à ses pieds, ouvrait de grands bras comme pour la prendre. Il était plus rouge qu'une crête de coq; les yeux lui sortaient de la tête.
Peut-on se mettre dans un état pareil?
«Cessez, monsieur, disait la dame en blanc, qui était plus rose que de coutume et très agitée… Cessez, puisque vous me dites que vous m'aimez; cessez… et ne me faites pas regretter…» Et elle avait l'air de le craindre et d'être à bout de forces.
Il se releva vite en me voyant, et je crois bien qu'il eut un moment l'idée de me jeter par la fenêtre. Mais elle, au lieu de me gronder comme je m'y attendais, me serra dans ses bras en m'appelant son chéri.
M'ayant emporté sur le canapé, elle pleura longtemps et doucement sur ma joue. Nous étions seuls. Je lui dis, pour la consoler, que le monsieur aux favoris était un vilain homme et qu'elle n'aurait pas de chagrin si elle était restée seule avec moi, comme c'était convenu. Mais, c'est égal, je trouvai que les grandes personnes étaient quelquefois bien drôles.
À peine étions-nous remis, que la dame en noir entra avec des paquets.
Elle demanda s'il n'était venu personne.
«M. Arnould est venu, répondit tranquillement la dame en blanc; mais il n'est resté qu'une seconde.» Pour cela, je savais bien que c'était un mensonge; mais le bon génie de la dame en blanc, qui sans doute était avec moi depuis quelques instants, me mit son doigt invisible sur la bouche.
