— Des recherches approfondies, commença Childan, que j’ai fait faire à mes frais, Mr Tagomi, au sujet du paquet promis qui, vous vous en rendez compte, provient d’une autre région et qui est par conséquent…

— Ainsi, il n’est pas arrivé, dit Tagomi, en l’interrompant.

— Non, Mr Tagomi. Non, monsieur.

Un silence glacial.

— Je ne peux attendre plus longtemps, dit Tagomi.

— Non, monsieur.

Childan contemplait d’un air morose, à travers la vitrine, à la lumière d’une belle journée d’été, les immeubles administratifs de San Francisco.

— Quelque chose pour remplacer alors. Que recommandez-vous, Mr Childan ?

Tagomi avait délibérément accentué la dernière syllabe ; selon le code, c’était une insulte, et le rouge vint au visage de Childan. Il perdait pied, leur situation lui causait une terrible mortification. Les aspirations, les terreurs, les tourments de Robert Childan surgirent devant lui, vinrent le submerger, lui paralyser la langue. La main crispée sur le téléphone, il se mit à bégayer. On sentait flotter l’odeur acre des soucis ; la musique se faisait toujours entendre, mais il avait l’impression de sombrer dans une mer lointaine.

— Eh bien, parvint-il à marmonner. Une baratte. Une sorbetière datant environ de 1900.

Son esprit se refusait à penser. Juste au moment où l’on oublie, juste au moment où l’on se fait des illusions. Il avait trente-huit ans, il se rappelait la période d’avant la guerre, une autre époque. Franklin D. Roosevelt et la Foire internationale ; le monde d’avant, meilleur.

— Puis-je vous apporter différents échantillons très précieux à votre bureau ? marmonna-t-il.

Rendez-vous fut pris pour 2 heures. Il faut fermer, se dit-il en raccrochant. Pas le choix. Il faut conserver les bonnes grâces de ce genre de clients ; on dépend d’eux si l’on veut faire des affaires.



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