
À présent, il lui faudrait se présenter devant la Commission de Justification des Travailleurs pour qu’on révise sa catégorie professionnelle. Comme il n’avait jamais été capable de comprendre la nature des relations qui existaient entre Wyndam-Matson et les pinocs – ce gouvernement fantoche de Blancs siégeant à Sacramento – il ne pouvait estimer l’influence que son ancien employeur pouvait avoir sur les autorités véritables, les Japonais. La C.J.T. était dirigée par des pinocs. Sur l’injonction de Wyndam-Matson, il devrait affronter quatre ou cinq grosses têtes de Blancs entre deux âges. S’il ne réussissait pas à obtenir là sa justification, il devrait s’adresser à l’une des missions commerciales Import-Export opérant en dehors de Tokyo, avec des bureaux dans toute la Californie, l’Oregon, à Washington et dans les parties du Nevada appartenant aux États américains du Pacifique. Mais s’il ne réussissait pas à plaider sa cause…
Il était toujours couché, il contemplait l’arrivée du fil électrique alimentant l’ancien éclairage, sans cesser d’agiter des projets dans sa tête. Il pourrait par exemple passer dans les États des Montagnes Rocheuses. Mais ces États avaient certains liens avec les E.A.P. et il pourrait être extradé. Et le Sud ? Il eut un mouvement de recul. Non. Pas cela. Comme blanc il y aurait toute la place qu’il lui fallait, en réalité plus qu’il n’en avait dans les E.A.P., mais… il ne voulait pas de ce genre d’endroit.
Et, ce qui était bien pis, c’était que le Sud avait avec le Reich tout un réseau de liens économiques, idéologiques et Dieu sait quoi. Et Frank Frink était juif.
À l’origine, il s’appelait Frank Fink. Il était né à New York, sur la Côte Est ; en 1941, immédiatement après l’effondrement de la Russie, il avait été enrôlé dans l’armée des États-Unis d’Amérique. Après que les Japonais se furent emparé de Hawaï, il avait été envoyé sur la Côte Ouest. À la fin de la guerre, il s’était trouvé sur le côté japonais de la ligne de démarcation. Il s’y trouvait toujours, quinze ans plus tard.
