
Que faire ?
D’un côté le fascisme, le nazisme, de l’autrecette dictature chaque jour plus implacable et qu’on appelle “le socialismedans un seul pays”. »
L’écriture se fait plus minuscule encore et mecontraint à lire plus lentement.
C’est comme si j’étais un archéologue quicreuse la terre pour atteindre la mosaïque enfouie, puis pénètre dans unegalerie dont il ignore où elle va. Il craint de se perdre dans ce labyrinthe, ilne tient aucun fil d’Ariane, mais il doit poursuivre jusqu’à cette salle oùtout à coup surgit de la nuit le Minotaure :
« Vu Staline, cette nuit. C’est sansdoute pour que ce rendez-vous demeure secret que Heinz a été convoqué à unesérie de réunions du Komintern qui, exceptionnellement, doivent se tenir duranttoute une semaine à Leningrad.
Staline pue le tabac et la sueur, le vieuxcuir aussi. Je ne l’ai plus revu depuis des années. C’est le seul homme dont j’aiesenti qu’il avait en lui la puissance et la cruauté d’un carnassier. Il est à l’affût.Je ne saisis pas son regard, et pourtant il me fixe.
— Ceci est entre nous, camarade Garelli.
Il lève difficilement sa main gauche ; lebras est court, à demi paralysé. Il écarte les doigts.
— Voilà ceux qui savent, dit-il. Personned’autre ne doit savoir. Tu comprends ce que cela signifie, Julia Garelli ?
Mort pour Heinz Knepper si je lui confie quele secrétaire de Staline est venu me chercher à l’hôtel Lux, si j’évoque letrajet dans la limousine aux vitres fumées, les couloirs du Kremlin déserts, Stalineavec sa vareuse grise, ses bottes de cuir souple, ses yeux plissés, la peau deson visage grêlée, sa voix rauque :
— Tu es italienne, comtesse Garelli…
J’ai l’impression qu’il se pourlèche lesbabines tout en se lissant la moustache, en ne cessant de me dévisager.
— Tu es aussi allemande, épouse Knepper.
Sa voix siffle quand il prononce le nom deHeinz.
— Ton frère, le comte Marco Garelli, estau cabinet de Mussolini.
