
Bref, je me suis mis au travail. Je ne lésinais pas sur le matériau, je n’utilisais pour le montage que les cellules protéiques extra. J’ai fait des essais, je les ai modelés, tout comme Dieu son Adam. L’ébauche, c’est-à-dire le robot non instruit, je l’ai façonné relativement vite. Puis, selon le même schéma, j’ai fabriqué la seconde ébauche.
Après ? Après je me suis entouré d’annuaires, de manuels sur la théorie des jeux, j’ai même passé un mois à Monte-Carlo.
Peu à peu, j’ai esquissé un joli plan de mise au point des deux êtres cybernétiques. Et, imaginez-vous, cela m’a vraiment passionné !
Mon projet était d’éduquer chaque robot d’après un programme à part. Je voulais vérifier une petite théorie… Le premier robot, j’envisageais de le former dans les traditions, mettant dans sa mémoire ionique tous les ouvrages de référence et manuels à ma disposition. J’ai décidé de remplir sa mémoire de l’expérience de tous les joueurs enragés depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.
Quant au second robot, je lui réservais un autre sort. Je voulais qu’il assimile lui-même toutes les finesses du jeu.
J’ai même trouvé les noms de mes pupilles : le premier, c’était le Petit, compact et m’arrivant à peine à l’épaule, et le second, je l’ai baptisé le Rustre, car il avait une voix perçante et désagréable.
Les choses avançaient bien.
Les premiers mois, je les ai consacrés entièrement au Petit. C’était un élève exemplaire, apprenant scrupuleusement toutes les leçons. Et comme la fatigue, il connaissait pas… Pour tout vous dire, bientôt le Petit était un virtuose des cartes.
